« Mabui » signifie « âme » dans le dialecte d’Okinawa

Mabui, les âmes d’Okinawa

Susuma Higa

Éditions Le Lézard Noir (2013)

image

Difficile de conseiller un livre bd, un manga dans le cas qui me préoccupe aujourd’hui, lorsque le dépit s’installe à la vue du graphisme utilisé. Le trait est léger et ne s’embarrasse pas d’effets graphiques. Il semble dénué de personnalité. Soyons clair, même la représentation des personnages génère des difficultés d’identification. Les décors comme les angles de vues restent épurés. Aucune trame pour donner quelques reliefs. Susumu Higa, le mangaka qui a réalisé « Mabui, les âmes d’Okinawa » se fiche comme de l’an 40 de l’aspect visuel. Son propos est ailleurs ; une réflexion sur la situation des habitants des îles de l’archipel d’Okinawa occupées par des bases américaines. Et, force est de reconnaitre qu’il maîtrise parfaitement son sujet. L’absence de manichéisme donne une force particulièrement saisissante et explicite au récit. Les américains n’y sont pas décrits comme d’affreux impérialistes bien que les terres ancestrales japonaises aient été spoliées aux familles d’agriculteurs d’origine. Certains s’en accommodent fort bien. 28000 propriétaires de terres militaires se partagent 60 milliards de yens (plus de 400 millions d’euros). D’autres, ne demandent que la permission d’en utiliser les friches pour y cultiver quelques légumes. Un grand nombre, plus de 8000, travaillent sur les bases américaines. Tout le monde pourrait y trouver son compte. Mais la présence de ces bases n’est pas du goût de ceux qui veulent retrouver leurs racines, ou qui s’effrayent – avec raison - des risques technologiques et des effets écologiques que sont ces bases militaires. Plus profondément encore, s’opère une dualité entre la jeunesse et les générations anciennes. Entre la modernité et la tradition. Avec ce livre, composé de six nouvelles, Susumu Higa pose magistralement le problème de l’évolution du Japon et des effets sur son identité.

p>image

Son précédent livre, « Soldats de sable », a été dans les sélections Libération 2012, Angoulême 2012, et de l’ACBD 2012. « Mabui, les âmes d’Okinawa » confirme amplement ces distinctions.
 Grand Prix du Japan Media Arts Festival dans la catégorie manga en 2003

image

Short URL for this post: http://tmblr.co/ZDDhvv15i2XoR